« Cette destinée est mystérieuse pour nous car nous ne comprenons pas pourquoi les bisons sont tous massacrés , les chevaux sauvages domestiqués, les lieux secrets de la forêt lourds de l’odeur de tant d’hommes, et la vue des belles collines souillée par des fils de fer qui parlent. Où sont les fourrés profonds ? Disparus. Ou est l’aigle ? Disparu. C’est la fin de la vie et le commencement de la survivance. »

Déclaration du chef amérindien Seattle au président des Etats Unis d’Amérique. (1894)

Une civilisation plurimillénaire souffre. L’histoire pleure. Un peuple se meurt.

Informer et s’informer, c’est déjà lutter. C’est pourquoi à ma modeste échelle, j’ai décidé de partager avec vous le fruit de mes lectures, des documentaires que j’ai vu sur ce peuple , sur l’oppression qu’il a subi et continue de subir.

Cette contribution prend la forme d’un triptyque historique sur 3 siècles : les 19ème , 20ème et 21ème siècles . Le choix des trois tableaux est forcément personnel et imparfait, mais il est emblématique de la continuité d’une souffrance contemporaine.

Le premier tableau nous emmène au 19ème siècle , dans un état du Nord des Etats-Unis : le Dakota du Sud.

Avez vous déjà entendu parler de Wounded Knee ?

Si vous vous êtes déjà intéressés à l’histoire des amérindiens, sûrement, sinon probablement pas. Wounded Knee (« genou blessé ») est une localité de 328 habitants du comté de Shannon dans le Dakota du Sud , qui tire son nom de la rivière Wounded Knee Creek qui coule à proximité.

Mais au delà de cette définition géographique, Wounded Knee est un symbole de l’histoire moderne des amérindiens, de leur persécution, de leur violente et terrible acculturation.

Le massacre de Wounded Knee (1891)

Contexte

Depuis le début du 19ème siècle , les tous jeunes Etats Unis d’Amérique n’ont de cesse de s’approprier les terres des différents peuples amérindiens , aussi appelés Nations . Parmi elles , on peut citer parmi les plus célèbres :

Cette appropriation est le fruit de deux principaux mécanismes.

Bien évidemment il y a eu beaucoup de guerres au cours du 19ème siècle qui ont été à l’origine d’une expansion rapide vers l’Ouest et ont laissé dans l’inconscient collectif la fameuse image des « cowboys et des indiens » .

Mais il y eût également de nombreux traités signés entre colons états-uniens et tribus indiennes qui n’avaient souvent pas le choix. Ceux-ci étaient quasi systématiquement bafoués par les colons . Pour donner une idée de l’importance de ce phénomène , près de 371 traités ont été signés entre 1776 et 1871 . Ils promettaient par exemple de l’argent aux indiens en échange de terres . Ou alors, ils demandaient aux tribus de renoncer à leur souveraineté sur une partie de leur territoire pour pouvoir vivre encore de façon autonome sur un territoire réduit, voire sur un autre territoire. Avant une autre guerre …

Au terme de ces guerres , les amérindiens sont emprisonnés dans des forts , et parfois même déportés dans d’autres Etats , loin de la terre de leurs ancêtres. Durant ces migrations, à pieds, beaucoup d’enfants , de femmes et d’hommes périrent de faim , de froid ou de maladie.

« La colonisation, c’est la perte du monde connu »

Léonora Miano

Ce déracinement, ces expropriations furent pour eux un vrai traumatisme , la perte du monde connu. Leur rapport à la terre est en effet bien différent du nôtre. Ils sont liés à la terre sur laquelle ils naissent , en sont les enfants. Ils parlent d’ailleurs de « terre mère » , appellation que l’on retrouve chez les amérindiens d’Amérique Centrale avec la « Pacha Mama » . Chez les amérindiens, personne n’est d’ailleurs « propriétaire » des terres . La propriété privée sur les terres est une notion qui leur est totalement étrangère .

Création des réserves

Le 3 Mars 1871, par l’Indian Appropriation Act : le Congrès met fin aux traités signés avec les tribus indiennes indépendantes, et ne reconnaît plus que les individus.

Il crée les réserves qui, faut-il le rappeler, existent plus que jamais en 2014 , aux Etats-Unis et au Canada.

En 1871, les amérindiens y sont parqués, ils ne peuvent en sortir, chasser , se nourrir qu’au bon vouloir des colons. Ils ne sont plus libres. Ils sont enchaînés.

La famine – 1890

Constants dans leur déloyauté, le gouvernement des Etats Unis rompt en février 1890 un traité signé avec les Lakota , une tribu du peuple Sioux qui vit dans le Dakota du Sud. Au bénéfice d’une division de la grande réserve Sioux de l’état en 5 parties , il spolie de nouvelles terres.

Cette division a pour intérêt de « rompre les relations tribales » et d’obliger « les Indiens à se conformer au mode de vie de l’homme blanc, pacifiquement si possible ou sinon par la force ».

Cette année là , la sécheresse , des récoltes insuffisantes et une diminution de moitié des rations par le gouvernement fédéral causent une terrible famine chez les Sioux.

« Ghost Dance »-  La danse qui fît trembler « l’Amérique » (du Nord).

Un homme de la tribu des Paiute du nom de Wovoka annonce alors avoir eu une vision prophétique  durant l’éclipse solaire du 1er Janvier 1889 . Celle-ci lui aurait annoncé la fin pacifique de l’expansion de la colonisation en prêchant une vie saine, honnête et une coopération interculturelles entre amérindiens et colons.(1)

Naît alors la « Ghost Dance » ou « Danse des esprits », dont la pratique a pour but de réunir les vivants et les esprits des défunts , d’apporter paix,  prospérité et unité aux peuples amérindiens  de la région.

Le gouvernement ne la voit cependant pas d’un très bon oeil, car il craint qu’elle ne contribue à la résistance des Lakota au processus d’assimilation programmé.

Sa popularité est telle qu’elle se propage dans toutes les réserves de la région , jusqu’à Standing Rock , où vit le chef Sioux emblématique Sitting Bull .

Si ce nom sonne comme connu à nos oreilles , pour les Sioux Sitting Bull est un chef respecté et un véritable héros .

Le général Miles et l’agent McLaughlin, qui gère la réserve , l’accuse alors de soutenir un mouvement de protestation autour du phénomène de la Ghost Dance alors que Sitting Bull (ne s’étant jamais réclamé de ce mouvement) ne fait que le tolérer.

La police amérindienne est alors envoyée pour l’arrêter, nous sommes le 15 Décembre 1890 et Sitting Bull tombe sous les balle.

Sitting Bull

Sitting Bull

Le massacre

Le 28 Décembre 1890 , dans ce contexte, où les amérindiens affamés craignent de surcroît pour leur survie, 350 Lakota décident après la mort de leur chef, de quitter leur réserve pour en rejoindre une autre, Pine Ridge , afin de mieux résister aux difficultés de l’hiver.

De son côté, le gouvernement fédéral craint que ces Lakota ne rejoignent d’autres adeptes de la « Ghost Dance » et favorise ainsi une révolte des amérindiens.

Cette migration est donc stoppée nette par l’armée américaine , sur les bords du Wounded Knee Creek … On propose d’abord aux amérindiens de dormir dans des tentes « mises à leur disposition » , et de manger à la santé du capitaine, trop de générosité.

Le lendemain matin , les Lakota trouvent en face d’eux le reste du régiment, ils sont cernés, des canons sur les collines alentours sont braqués sur eux. Encore et toujours trahis par les colons américains. Ils sont désormais des prisonniers en transfert vers un autre fort . Vie de prisonniers. Vie d’errance. Eux, pour qui la liberté est constitutive de leur être.

On leur demande alors de se désarmer , ce qu’ils font . Les versions ensuite divergent, bien évidemment. Le résultat en tout cas est un massacre. Sur les 230 hommes , 120 femmes et enfants , il y a 300 morts . Des vieillards sont retrouvés mort sur le champ de bataille , sans arme sur eux. Des enfants sont déchiquetés . Les soldats poursuivent des femmes et des enfants désarmés, pour les abattre de sang froid. D’autres sont retrouvés vivants dans les bras de leur mère , morte.

Horrible et inhumaine cruauté.

Il faut ensuite « nettoyer » tout ça , les corps sont donc enterrés dans une immense fosse commune.

Fosse commune après le massacre de Wounded Knee

Fosse commune après le massacre de Wounded Knee

Comme seule reconnaissance de ce terrible massacre, on peut aujourd’hui trouver une petite statue engrillagée …

La révolte – 1970

Mais l’histoire de Wounded Knee , lieu symbolique de l’oppression des amérindiens , ne s’arrêta pas ce jour de Décembre 1890 .

Un peu moins d’un siècle plus tard , 200 amérindiens occuperont le comptoir de Wounded Knee . Soupir de l’histoire, dernier souffle d’une culture en voie de disparition , ce dernier sursaut symbolique catalysera jusqu’à aujourd’hui la résistance amérindienne.

Le deuxième tableau de ce triptyque nous amène donc au 27 Février 1973 , jour de la révolte de Wounded Knee.

Karim Indé(pendant)

Sources:

  1. *Mooney, James. The Ghost Dance Religion and Wounded Knee. New York: Dover Publications; 1896
  2. http://en.wikipedia.org/wiki/Wounded_Knee_Massacre
  3. http://www.history.com/topics/native-american-history/wounded-knee
  4. http://www.woundedkneemuseum.org
  5. http://jmrenoir.canalblog.com/archives/2010/01/03/16366094.html
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2 réflexions sur “Triptyque de la persécution amérindienne – Premier tableau (XIXème siècle) : le massacre de Wounded Knee (1891)

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