Du bruit et de l’oubli

Le bruit puis l’oubli.

Ou alors peut être l’oubli car le bruit. Effectivement, quelle information reste aujourd’hui dans les esprits ? Et surtout dans quelle échelle de temps l’analyse-t-on ?

L’analyse-t-on vraiment d’ailleurs ?

Ne la consomme-t-on pas ?

Moi le premier, j’ai consommé, je consomme. Nous avons consommé, nous consommons.

Nous vivons dans un flux d’informations permanent où l’obsolescence est vite arrivée. Des chaînes d’information continue, aux « notifications push » de nos smartphones, en passant par le fil d’actualité des grands sites d’information, le direct est permanent.

Nous n’avons pas le temps d’analyser une information que celle-ci déjà n’est plus. C’est l’heure de l’immédiateté et du « buzz ».

Au temps d’internet, un océan d’informations s’offrent à nous et l’on s’y noie.

De l’information brute, et brutale, ainsi nous est elle présentée. Des faits, rien que des faits, quand il ne s’agit en fait que d’analyses partiales et partielles.

Le bruit, pour donner l’illusion du débat et de la pluralité des opinions présentées. Cette pluralité organisée est elle respectée sur tous les sujets ?

noam_chomsky_dessin

On « fabrique le consentement », demande à Noam Chomsky.

Christian Hopkins : la photographie comme thérapie et catharsis

Tout commence comme la plus banale des histoires. Un voyage scolaire . Une mère achète à son fils un appareil photo Canon EOS, afin qu’il puisse se faire de beaux souvenirs.

Tout commence donc par hasard. Un hasard qui met dans les mains de cet adolescent l’outil de sa guérison, quand s’abat sur lui une violente dépression. Cela lui semble naturel, il n’arrive pas à mettre des mots sur ce qu’il ressent, alors il va y mettre des images.

Ces tableaux numériques sont un moyen pour lui d’exorciser ses passions, ses émotions les plus douloureuses, les plus sombres. Ils sont aussi pour nous le moyen de mieux comprendre la dépression.

Autodidacte catharsis

Inner Demons

51/365

(9/30) The End

(7/30)

Insomnia

Plus de photos de Christian Hopkins sur sa page Flicker ICI

« The blacker the berry, the sweeter the juice » – 50ème anniversaire de la marche de Selma

Nous venons de célébrer le 50ème anniversaire de la marche de Selma à Montgomery, le Dimanche 7 Mars 1965, alors qu’en France règne un climat médiatique et politique favorisant la xénophobie, les tensions sociales. Il reste du chemin à parcourir aux Etats Unis comme en France. L’assassinat de Trayvon Martin, les manifestations de Ferguson nous le rappellent. N’oublions pas que les luttes d’aujourd’hui amèneront les victoires de demain et que rien n’est jamais acquis. Ressenti d’un « africain américain », poète des temps modernes : Kendrick Lamar.

Paroles :

Everything black, I don’t want black I want everything black, I ain’t need black Some white some black, I ain’t mean black I want everything black

Everything black, I don’t want black I want everything black, I ain’t need black Some white some black, I ain’t mean black I want everything black

[Bridge] Six in the mornin’, fire in the street Burn, baby burn, that’s all I wanna see And sometimes I get off watchin’ you die in vain It’s such a shame they may call me crazy They may say I suffer from schizophrenia or somethin’ But homie you made me Black don’t crack my nigga

[Verse 1] I’m the biggest hypocrite of 2015 Once I finish this, witnesses will convey just what I mean Been feeling this way since I was 16, came to my senses You never liked us anyway, fuck your friendship, I meant it I’m African-American, I’m African I’m black as the moon, heritage of a small village Pardon my residence Came from the bottom of mankind My hair is nappy, my dick is big, my nose is round and wide You hate me don’t you? You hate my people, your plan is to terminate my culture You’re fuckin’ evil I want you to recognize that I’m a proud monkey You vandalize my perception but can’t take style from me And this is more than confession I mean I might press the button just so you know my discretion I’m guardin’ my feelins, I know that you feel it You sabotage my community, makin’ a killin’ You made me a killer, emancipation of a real nigga

[Pre-Hook] The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the bigger I shoot

[Hook: Assassin] I said they treat me like a slave, cah’ me black Woi, we feel a whole heap of pain, cah’ we black And man a say they put me in a chain, cah’ we black Imagine now, big gold chain full of rocks How you no see the whip, left scars pon’ me back But now we have a big whip, parked pon’ the block All them say we doomed from the start, cah’ we black Remember this, every race start from the block, just remember that

[Verse 2] I’m the biggest hypocrite of 2015 Once I finish this, witnesses will convey just what I mean I mean, it’s evident that I’m irrelevant to society That’s what you’re telling me, penitentiary would only hire me Curse me till I’m dead Church me with your fake prophesizing that I’mma be just another slave in my head Institutionalize manipulation and lies Reciprocation of freedom only live in your eyes You hate me don’t you? I know you hate me just as much as you hate yourself Jealous of my wisdom and cards I dealt Watchin’ me as I pull up, fill up my tank, then peel out Muscle cars like pull ups, show you what these big wheels ’bout, ah Black and successful, this black man meant to be special CAT scans on my radar bitch, how can I help you? How can I tell you I’m making a killin’? You made me a killer, emancipation of a real nigga

[Pre-Hook] The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the sweeter the juice The blacker the berry, the bigger I shoot

[Hook: Assassin] I said they treat me like a slave, cah’ me black Woi, we feel a whole heap of pain, cah’ we black And man a say they put me in a chain, cah’ we black Imagine now, big gold chain full of rocks How you no see the whip, left scars pon’ me back But now we have a big whip, parked pon’ the block All them say we doomed from the start, cah’ we black Remember this, every race start from the block, just remember that

[Verse 3] I’m the biggest hypocrite of 2015 When I finish this if you listenin’ sure you will agree This plot is bigger than me, it’s generational hatred It’s genocism, it’s grimy, little justification I’m African-American, I’m African I’m black as the heart of a fuckin’ Aryan I’m black as the name of Tyrone and Darius Excuse my French but fuck you — no, fuck y’all That’s as blunt as it gets, I know you hate me, don’t you? You hate my people, I can tell cause it’s threats when I see you I can tell cause your ways deceitful Know I can tell because you’re in love with that Desert Eagle Thinkin’ maliciously, he get a chain then you gone bleed him It’s funny how Zulu and Xhosa might go to war Two tribal armies that want to build and destroy Remind me of these Compton Crip gangs that live next door Beefin’ with Piru’s, only death settle the score So don’t matter how much I say I like to preach with the Panthers Or tell Georgia State « Marcus Garvey got all the answers » Or try to celebrate February like it’s my B-Day Or eat watermelon, chicken, and Kool-Aid on weekdays Or jump high enough to get Michael Jordan endorsements Or watch BET cause urban support is important So why did I weep when Trayvon Martin was in the street? When gang banging make me kill a nigga blacker than me? Hypocrite!

Les pipelines: un enjeu géostratégique de politique extérieure et intérieure

Comme toujours avec la série #DATAGUEULE , voici une vidéo fort intéressante sur les enjeux économiques et politiques fondamentaux que représentent les pipelines.

Elle nous apporte un éclairage, ou un rappel pour ceux qui le sauraient déjà, sur l’importance de ceux-ci dans les conflits en Syrie et en Ukraine.

Mais elle ouvre également la porte à d’autres enjeux géostratégiques de ce début de 21ème siècle :

  • l’acheminement des hydrocarbures vers la Chine et l’Inde dont la demande explose.
  • la lutte intérieure par le biais des services de renseignements contre les groupes au sein de la société civile qui luttent contre l’exploitation et le transport de ces hydrocarbures :
    • les sables bitumineux en Alberta (Canada)
    • le transport de ce pétrole aux Etats-Unis par le pipeline Keystone XL en traversant les réserves amérindiennes, notamment celles du Dakota du Sud , emblématiques dans la résistance amérindienne (revoir le Tryptique de la persécution amérindienne)

Bon visionnage

Le concept de « santé mentale » au service de l’idéologie néolibérale – Mathieu Bellahsen

Pour l’émission « La boite à idées » de Mediapart, le psychiatre Mathieu Bellahsen explique comment le concept de santé mentale est devenue , selon lui ,un outil dans la gestion néolibérale des populations. Il part notamment de l’évolution de cette définition au cours du 20ème siècle pour arriver à la définition actuelle de l’OMS :

«la santé mentale est un état de bien-être permettant à chacun de reconnaitre ses propres capacités, de se réaliser, de surmonter les tensions normales de la vie, d’accomplir un travail productif et fructueux et de contribuer à la vie de sa communauté » (1)

On comprend donc aisément pourquoi présenter un tel objectif comme enjeu de santé publique favorise l’entreprise néo-libérale de ces 30 dernières années.

Pour aller plus loin dans sa réflexion, je vous conseille son ouvrage :  » La santé mentale – Vers un bonheur sous contrôle » aux éditions La fabrique .

(1) « Santé Mentale – introduction » – Site du Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des femmes : http://www.sante.gouv.fr/introduction.html

Une grève de nantis ? Médecins et patients victimes contemporaines du néo-libéralisme.

Ces derniers jours, nous entendons ci et là beaucoup parler du « projet de loi santé  » (1). Présenté par Marisol Touraine le 15 Octobre 2014 au conseil des ministres, il devrait être voté en 2015 et mis en application dans la foulée .

Etant moi-même interne en dernière année de médecine générale , j’exerce au quotidien dans des centres municipaux de santé ou des cabinets de ville dans Paris et sa banlieue. En tant que médecin, et « Docteur » (en médecine) très prochainement je suis atterré, perplexe et quelque peu désabusé face à la couverture médiatique de ce sujet fondamental et à l’évolution future de notre système de santé.

Diviser pour mieux régner 

Malheureusement, comme bon nombre de sujets de société fondamentaux pour notre « vivre ensembles » , la présentation qui en est faite est bien trop clivante, partiale et partielle à mon goût. Nous assistons en effet une fois de plus à l’éternelle mise en opposition des patients d’un côté et des médecins de l’autre .

Il suffit de regarder la « grande messe télévisuelle » du journal de 20h pour en avoir une idée. On y annonce que les deux principaux motifs de la grève des médecins sont:

  1. une demande de revalorisation du tarif de la consultation à 25 €
  2. le refus du Tiers Payant Généralisé (TPG)
1. La bombe est lancée

Dans un contexte où tant de français se retrouvent sans emplois, incapables de payer leurs impôts, en difficultés pour boucler leurs fins de mois et payer leur loyer, voilà qu’on leur annonce que la principale revendication des médecins généralistes en grève est d’obtenir une revalorisation du tarif de leur consultation …

Le jeu de la division ne fait pas dans la dentelle et force est de constater que cela fonctionne toujours aussi bien.

Avec un tel écran de fumée placé devant leurs yeux , difficiles pour les français de prendre connaissance des véritables revendications des médecins en grève.

2. Pourquoi les médecins généralistes dans leur grande majorité sont-ils contre l’instauration du TPG telle que sa mise en place est prévue ?

Aucune mention n’en est faite, à l’heure de l’information spectacle plutôt que du débat citoyen, cela n’a guère d’importance.La seule raison présentée en boucle est que le médecin serait contre une apparente « gratuité de la médecine » , qu’il préférerait être payé, que cela serait plus valorisant pour son métier .

Cette présentation, non seulement grotesque est surtout insultante.

Si les médecins sont contre le TPG, c’est d’abord parce qu’il refuse une part toujours plus importante des dites « mutuelles » qui sont en réalité des assurances santé privées (admirez la rhétorique) dans notre système de santé.

Les assurances santé privées sont en réalité les grandes gagnantes du projet de loi Santé, porté par Marisol Touraine, membre d’un parti politique dont on ne présente plus la proximité avec le milieu de la Mutualité Française.

Rappelez vous, les nombreuses condamnations de responsables socialistes dans des « affaires » avec les mutuelles parmi lesquels DSK (2) et J.C. Cambadélis (3) , tous deux impliqués dans des affaires avec la MNEF .

Fidèle à cette proximité, on peut admirer ci-dessous le discours de notre chère ministre au 40ème congrès de la Mutualité en Octobre 2012, au cours duquel elle annonçait tout sourire  que « connaissant leurs difficultés » , les mutuelles n’auraient pas à publier leurs comptes pour l’année 2012.

Médecins et patients sont dans le même bateau, celui de la fin d’un système de protection sociale, que nous connaissons depuis le programme du Conseil National de la Résistance et qui est en train de disparaître au profit d’assurances privées.

Nous avons beaucoup parlé, à juste titre des conflits d’intérêts de certains médecins, de certaines autorités de santé avec les laboratoires pharmaceutiques, ne risquons-nous pas un conflit d’intérêt entre les médecins et l’Assurance Maladie, financeur économe sous contrainte économique . Dans un contexte d’amputation des dépenses publiques dans tous les secteurs, ce sont encore les plus démunis d’entre nous qui risquent de « trinquer » les premiers …

Cela ne risque-t-il pas de conduire à la disparition de cette relation médecin généraliste -patient si singulière ?

3. L’Assurance Maladie seule aux commandes , est-ce toujours une bonne chose pour la Santé Publique ?

Cela peut paraître choquant . Mais pour avoir assisté à deux heures de « formation destinée aux internes » par l’Assurance Maladie d’Île de France , j’ai malheureusement l’impression que l’objectif principal de cet organisme n’est plus d’améliorer l’état de santé global de la population mais plutôt de limiter les dépenses.

Cette logique comptable de la santé , parlant de « capital humain » , de « capital santé » , avec les principales théories de « l’Economie de la Santé » , enseignée à des médecins était proprement choquante.

Les médecins généralistes expérimentent déjà  au quotidien cette logique inhumaine de l’Assurance Maladie, dont la principale arme est le harcèlement administratif.

Savez vous par exemple, que des représentants de l’Assurance Maladie rendent visite aux médecins généralistes tous les 3 mois pour leur dire s’ils ont atteint leurs objectifs ?

Ceux–ci peuvent avoir un intérêt pour la Santé Publique, comme par exemple un meilleur suivi des patients diabétiques, un meilleur taux de dépistage des cancers du colon et du sein. Cependant lorsque ces « visiteurs » de l’Assurance Maladie ( dont un grand nombre sont d’anciens représentants de laboratoires pharmaceutiques reconvertis) rendent visite aux médecins ce n’est pas toujours pour la santé publique.

J’ai en effet ce souvenir choquant, d’une représentante de l’Assurance Maladie, expliquant à mon maître de stage ( médecin généraliste en ville) qu’il prescrivait en moyenne 5 jours d’arrêt de travail dans telle pathologie alors que l’Assurance Maladie recommandait d’en prescrire 3. Je revois cette femme ne sachant quoi dire lorsqu’il lui demanda sur quels critères pouvait on bien faire un tel calcul, sachant que pour un individu le métier, le vécu, la sévérité de la pathologie pouvaient tant varier. Cette pauvre femme se rendait sans doute compte de l’absurdité de ces chiffres, prisonnière qu’elle était et simple rouage d’une machine bien plus grande qu’elle.

Des arrêts de travail abusifs ? Il suffit de passer un mois comme médecin dans une région où les patients sont tous femmes de ménage, caristes, ouvriers manutentionnaires, de voir ces femmes et ces hommes qui refusent de s’arrêter bien que le médecin leur demande de le faire, parce qu’ils veulent être payés ( 3 jours de carences puis payés à 70 % plusieurs semaines après ) et on comprend que l’on ne s’arrête pas par plaisir .

Le règne de l’Homo Economicus

Le néolibéralisme a consacré L’Homo Economicus en successeur de l’Homo Sapiens Sapiens … Pragmatique, utilitariste, pour lui tout a une valeur, un coût, une rentabilité, un prix.

Celui-ci a du mal à comprendre que la nature, la santé et la vie humaine n’ont pas de prix.

Karim indé

Sources / Pour aller plus loin :

  1. « Garantir un accès aux soins équitables – La Loi Santé »http://www.gouvernement.fr/action/la-loi-de-sante
  2. « DSK / Affaire de la MNEF » – http://www.ina.fr/video/CAC99044409
  3. « Un verdict symbolique » – Condamnation de JC Cambadélis : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/un-verdict-symbolique_458643.html

Adieu Facebook, je t’aimais bien

Adieu Facebook je t’aimais bien. Adieu Facebook, je t’aimais bien, tu sais.

Le temps de la découverte : l’émerveillement

On en a passé des bons moments ensembles, mais il est l’heure de nous quitter.

C’était chouette au début. On passait du bon temps, on ne se prenait pas la tête. Chacun avait son jardin secret , ses activités , son temps libre. Que de découvertes ensembles . Grâce à toi, j’ai repris contact avec de vieilles connaissances. Des amis d’école primaire, du collège ,du lycée .

Ce fût aussi le temps des premiers « Poke » , des premiers statuts. A nos débuts tu ne parlais pas français, mais pour toi je maniais la langue de Shakespeare. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes virtuel .

Le temps des habitudes et de la lassitude

Puis est venu le temps de l’ennui, le besoin succédant à l’envie.

J’avais besoin de te voir tous les jours. Il faut dire que tu ne me laissais pas décrocher, avec tes notifications incessantes. Tu avais su te rendre indispensable. Je pouvais désormais contacter mes amis, avoir de leurs nouvelles, faire un tour de l’actualité quotidienne, tout cela sans lever le petit doigt.

Sous prétexte de vouloir me simplifier la vie, tu l’avais en fait envahie, en avait infiltré toutes les parties (ou presque).

Le temps de la répugnance

Enfin, les choses se sont détériorées entre nous. Le point de non-retour franchi, on ne peut faire demi-tour.

Ce n’est plus comme avant, et ce ne le sera plus jamais.Tu as changé.

J’en ai marre de ne plus avoir des nouvelles de mes amis, mais des publicités, déguisées en actualités. Alors je n’ai pas envie d’attendre ton cadeau de la nouvelle année, qui me permettra ( je te remercie de cette considération) de choisir par quels détritus publicitaires je souhaite être pollué.

Douce pollution personnalisée , sur mesure.

Epilogue

Je veux redonner au sanctuaire de ma vie privée son intimité

Redonner à mes amitiés leurs lettres de noblesse, hors du fil d’actualité

Je veux avoir de mes amis , les nouvelles qu’ils voudront bien me donner

Et dans ces moments partagés, de par leurs sourires , leurs rires, les sublimer

Je veux plus de temps pour partager ces moments, et partir va m’y aider

Me libérer

Ô doux vertige, Ô douce nostalgie

 Ô liberté

Il est l’heure de se quitter.

Karim Indé(pendant)

Triptyque de la persécution amérindienne – Deuxième tableau (XXème siècle) : la révolte de Wounded Knee (1973)

Nous sommes un peu moins d’un siècle plus tard, en 1973, et quelques 250 Sioux vont occuper pendant 71 jours la petite ville de Wounded Knee dans la réserve de Pine Ridge , dans le Dakota du Sud. (reportage sur cet évènement en fin d’article)

L’occupation de cette ville symbolique de par son histoire est l’expression de la frustration et de la colère, contenues par les amérindiens tout au long du 20ème siècle.

Au cours de celui-ci en effet, leur condition ne s’est pas améliorée et elle s’est même considérablement dégradée…

Contexte historique au XXème siècle de la condition des amérindiens (1)

Création des réserves : fin du XIXème siècle – début du XXème siècle

Le temps des guerres est fini.

Au début du XXème siècle, comme nous l’avons vu précédemment , les amérindiens vivent dans des réserves, au sein desquelles on les a obligé à séparer leur territoire en parcelles . Ils ont eu le « privilège », de choisir les leurs , celles restantes étant vendues aux colons par l’état. Autrement dit , on leur a spolié encore plus de terres. Ainsi, la surface du territoire sur lequel vivent les amérindiens a été réduite de moitié, passant de 56 millions d’hectares en 1887 à une trentaine de millions d’hectares en 1934.

On sépare les familles et les clans, les empêchant d’acquérir des parcelles voisines. Il faut en effet qu’il y ait des familles « chrétiennes et de bonne réputation » entre elles.

Pour limiter le mécontentement , l’argent obtenu par la vente de leurs terres , est « gracieusement » réinvesti dans des écoles (internats), des missions religieuses et du matériel agricole, afin de les aider à se « civiliser ».

Dans ces internats on les empêche de parler leur langue. Les enfants qui ne respectent pas cette règle se voient laver la langue au savon, on leur enseigne que leur langue maternelle est « impure ». Quand ils rentrent dans leur famille pour les vacances, certains ne savent même plus communiquer avec leurs parents et grands parents. Ce phénomène n’est pas limité au début du XXème siècle , des hommes et des femmes encore vivants aujourd’hui témoigneront de l’horreur de cette acculturation violente, qui traumatisera plusieurs générations.

Une violente acculturation : enfants amérindiens dans un internat http://espressostalinist.com/genocide/native-american-genocide/

Une violente acculturation : enfants amérindiens dans un internat
http://espressostalinist.com/genocide/native-american-genocide/

Mais les amérindiens résistent. Ils exercent une résistance passive, refusant de posséder leur terre individuellement et ainsi contrecarrent la stratégie qui tend à détruire leur culture.

Cependant, suite à une loi en 1906 les autorisant à vendre leurs parcelles, beaucoup d’entre eux vivant dans la misère se retrouvent contraints de vendre leurs terres.

"Terres indiennes à vendre - des terres de qualité à l'Ouest" - Wikimedia Commons

« Terres indiennes à vendre – des terres de qualité à l’Ouest » – Wikimedia Commons

Lente et terrible machine coloniale qui les dépossède de leurs terres, de leur identité, de leur dignité.

 Organisation politique des réserves : l’Indian Reorganization Act (1934)

Cette loi incite chaque réserve à se doter d’une constitution, sur le modèle de celles des Etats-Unis bien évidemment. Elle instaure également un système politique avec deux autorités :

  • un conseil tribal : élu selon la loi de la majorité, dont les prérogatives se limitent à la justice.
  • Le Bureau des Affaires Indiennes (B.I.A.): sous l’autorité du gouvernement fédéral, il prend les décisions concernant les domaines les plus importants, à savoir : l’administration, la santé, l’éducation, etc…

On voit donc bien, que sous couvert d’instaurer une souveraineté partielle des amérindiens au sein de leurs réserves, ceux-ci ne prennent en fait aucune décision concernant les aspects les plus importants de leur vie quotidienne.

Le « super-intendant » du B.I.A. ,en charge d’administrer la réserve est nommé par le gouvernement fédéral.

Il ne faut cependant pas nier, que cette loi, en opposition avec la loi Dawes de 1884, marque la fin d’une acculturation forcée, celle des internats situés en dehors des réserves. A la place, des écoles au sein des réserves sont créés , et on incite à y promouvoir les cultures amérindiennes.

Mais il faut aussi avoir conscience, qu’à une acculturation forcée, succédera ensuite une acculturation plus sournoise, mais à la violence symbolique tout aussi significative : la politique de « termination ».

Le « Termination Act » (1954)

Par une sournoise habileté rhétorique, les Etats Unis utilisent une fois n’est pas coutume le thème de la « liberté » pour justifier et légitimer cette politique de légitimation.

Sous couvert de « liberté et d’égalité des droits », une véritable politique d’incitation à quitter les réserves est mise en place. Des brochures sont distribuées, des affiches placardées dans les réserves , mettant en scène des familles amérindiennes vivant en ville, au sein d’appartements bénéficiant de tout le confort dont peuvent rêver ces femmes et ces hommes qui vivent dans des conditions déplorables.

On leur promet l’électricité, l’eau courante, un emploi intéressant et bien payé : le rêve américain à portée de bus ! Le B.I.A. leur finance le prix du voyage et leur fournit même un petit pécule pour bien démarrer leur nouvelle vie selon l' »american way of life » . Sournoise et cynique acculturation.

Vidant ainsi certaines réserves de leurs habitants, celles-ci peuvent être plus aisément dissoutes. Des nombreuses petites tribus disparaîtront ainsi à jamais.

Les amérindiens qui sont partis en ville n’y trouvent pas ce qu’on leur avait promis. Ils vivent dans des ghettos, y connaissent le chômage de masse , la misère , le racisme. Encore et toujours des belles promesses non tenues.

Mais contre toute attente, ce déracinement conduit à un renouveau dans la lutte des amérindiens pour leurs droits. Dans les années 60, au coeur du ghetto indien de Minneapolis est fondé « l’American Indian Movement » (AIM) par Dennis Banks, John Mitchell et les frères Bellecourt. Son objectif initial est de créer des réseaux de solidarité pour les amérindiens et de les défendre face aux violences policières. Ils reçoivent notamment le soutien de Matt Eubanks ,l’avocat des Black Panthers.(2)

Drapeau de l'American Indian Movement

Drapeau de l’American Indian Movement

Naissance de l’activisme amérindien : l’occupation de l’île d’Alcatraz (1969-1971)
L'occupation d'Alcatraz (1969) - Phographie par Ilka Hartmann ©

L’occupation d’Alcatraz (1969) – Phographie par Ilka Hartmann ©

Pour la première fois depuis les années 1880 , un groupe d’étudiants occupe la fameuse île d’Alcatraz et réclame que les amérindiens récupèrent leurs terres, leur souveraineté. C’est un tournant dans leur histoire moderne.

Avant l’aube, 78 amérindiens débarquent sur l’île, ensuite rejoints par d’autres : en moins d’un mois, ils sont environ six cents et représentent quelque cinquante tribus différentes. Ils se désignent alors comme « Indiens de toutes les tribus » et rédigent une déclaration pleine d’humour , intitulée « Nous tenons le Rocher » :

« Nous achetons l’île d’Alcatraz pour 24 dollars payables en verroterie et en toile rouge, précédent établi par l’homme blanc lors de l’achat d’une île semblable, il y a environ 300 ans. Nous savons que 24 dollars de marchandises pour ces acres de terrain représentent plus que ce qui a été donné pour l’île de Manhattan, mais nous savons aussi que le prix de la terre a augmenté. […] Ultérieurement, nous conduirons les Blancs vers de plus justes mœurs. Nous leur offrirons notre religion, notre éducation pour les élever à notre degré de civilisation. Nous faisons ce traité de bonne foi, nous le  respecterons aussi longtemps que le soleil se lèvera et que les fleuves couleront vers la mer. »

Ils occuperont l’île durant 19 mois avant que les forces fédérales ne la prennent d’assaut et ne les expulsent le 11 juin 1971.

Ce premier acte est fondateur dans l’activisme amérindien. Il inspirera toute une génération à se réconcilier avec sa culture et à lutter pour la reconnaissance de ses droits.

L’occupation de Wounded Knee (1973)

C’est sans doute l’acte moderne le plus emblématique de cette lutte .

La nuit du 27 février 1973 , environ 250 Sioux (Lakota) Oglala, armés et emmenés par l’A.I.M. pénètrent dans la réserve de Pine Ridge, l’un des territoires les plus pauvres de Etats Unis. Ils y occupent le Bureau des Affaires Indiennes de la Réserve. Personne n’est blessé.

Ils ont deux principales revendications :

  • le respect des traités:  sans cesse bafoués par les autorités. Notamment celui de Fort Laramie en 1868 qui leur concédait un vaste territoire et fût violé par les autorités lorsqu’on trouva de nombreuses mines d’or.
  • le limogeage de Richard Wilson dit « Dick Wilson » : chef du conseil tribal élu dans des circonstances douteuses (suspicion de corruption). Il protégeait les trafiquants d’alcool et détournait de l’argent public pour lui et ses proches.

Le déroulement de cette occupation est très bien décrit dans le documentaire ci-dessous, réalisé par Arte en 2010, que je vous invite vivement à regarder ! C’est le 5ème volet d’une série intitulée « Terres Indiennes » .

Owen Luck , un photographe et vétéran de la guerre du Vietnam qui vit ces évènements dira plus tard  :

Frank Fools Crow offre 2 chanupas aux quatre directions - Photographie par Owen Luck ©

Frank Fools Crow offre 2 chanupas aux quatre directions – Photographie par Owen Luck ©

« Je vois des gens qui s’en sont allés. Nous étions tous si jeunes. Il y a une photographie de moi – et j’étais ce jeune homme mince. Je ne peux plus être cette personne. Je vois les volontaires qui sont arrivés… Je me souviens avoir eu faim et avoir eu froid. Je me souviens avoir été la cible de tirs. La camaraderie. Quand j’y pense, je me sens vraiment honoré d’avoir pu participer à cet évènement »(3)

Ces évènements se sont déroulés il y a plus de 40 ans , mais la condition des amérindiens a-t-elle changé depuis ? Dans quelles conditions vivent-ils aujourd’hui ? Qu’en est il de leur place au XXIème siècle dans la société nord-américaine (Canada et Etats-Unis) ? Qu’en est-il de la lutte pour leurs droits ?

Le troisième tableau de ce triptyque nous emmène après la révolution néo-libérale , dans le monde merveilleux du XXIème siècle.

Karim indé(pendant)

Sources / Pour aller plus loin :

  1. « Les indiens d’Amérique du Nord au XXème siècle » – JACQUELINE BALDRAN (maître de conférence Université Paris IV) : http://www.jacquelinebaldran.com/pages/les-indiens-d-amerique-du-nord-fin-2032364.html
  2.  « Nous, le Peuple : un voyage à travers l’Amérique indienne », SERLE CHAPMAN , Albin Michel, 2004 p.114
  3.  « A Photographer Remembers Wounded Knee, 40 Years Later » , CLAIRE O’NEILL , http://www.npr.org/blogs/pictureshow/2013/02/27/173048452/revisiting-wounded-knee-40-years-laterr
  4. http://en.wikipedia.org/wiki/Wounded_Knee_incident
  5. « Native History: AIM Occupation of Wounded Knee Begins » , https://bayareaintifada.wordpress.com/2014/02/27/native-history-aim-occupation-of-wounded-knee-begins/
  6. « De Wounded Knee (1890) à Wounded Knee (1973) » : JOËLLE ROSTKOWSKI ET NELCYA DELANOË, 15 Février 2013 , http://www.humanite.fr/tribunes/de-wounded-knee-1890-wounded-knee-1973-515327
  7. « Voix indiennes, voix américaines. Les deux visions
    de la conquête du Nouveau Monde », de JOËLLE ROSTKOWSKI et NELCYA DELANOË. Éditions Albin Michel, 2003
  8. « Séance du dimanche. La révolte amérindienne de Wounded Knee de 1973 » – 4 Janvier 2015 – Blog Quartiers Libres